The portrait of a lady swap

Bienvenue dans notre salon ! Vous tombez bien, c’est justement l’heure du thé !

Vous aimez la culture britannique ? Les samedis pluvieux, vous adorez savourer Jane Austen ou Henry James assis près de la fenêtre, une tasse de thé bien chaude à portée de main ? Peut-être aimez-vous aussi les héroïnes au caractère bien trempé, les aventurières en jupon… quoi qu’il en soit, amis lecteurs, amies lectrices, si vous avez l’âme britannique et l’esprit joueur, ou même, si vous êtes simplement curieux, Lou et moi vous proposons de fêter le printemps et l’arrivée des beaux jours avec The Portrait of a Lady swap.

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Le thème : les femmes dans la littérature britannique classique (jusqu’aux 1950’s), femmes écrivains ou héroïnes principales d’un roman écrit par un/une Britannique. Nous vous invitons notamment dans l’univers d’écrivains tels que Elizabeth Gaskell, Jane Austen, Ann Radcliffe, Mary Shelley, Vita Sackville, Virginia Woolf, Rosamund Lehmann, Violet Hunt, Vernon Lee, Barbara Pym, Mary Wollstonecraft, Elizabeth Goudge, Flora M. Mayor, Julia Strachey, George Eliot, les sœurs Brontë, Elizabeth Bowen; mais aussi DH Lawrence, Henry James (naturalisé Anglais), Charles Dickens, W. Wilkie Collins, EM Forster qui ont créé des personnages de femmes marquants. Nous vous enverrons une bibliographie avec le questionnaire.

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Les colis devront contenir :

2 livres neufs : par exemple un livre de Virginia Woolf et L’Amant de Lady Chatterley de Lawrence

1 sweet thing, pour un moment de douceur, de détente : des sels de bain, un parfum d’ambiance, du thé… qui n’a d’autre limite que notre imagination et les goûts des swappés et swappées.

1 objet personnalisé en rapport avec le thème : fait main ou customisé en ligne par exemple (nous vous enverrons aussi des liens vers des sites très pratiques)… mugs, slat et bien d’autres choses !

1 carte personnalisée et en rapport avec le thème

Afin que ce swap reste un plaisir pour tout le monde, nous aimerions que les goûts des swappés soient le plus possible respectés et que les colis aient des proportions raisonnables ! Vous pouvez rajouter une ou deux petites choses du type marque-page si vous êtes très inspirés, le but du swap n’étant pas de se ruiner mais bien de s’amuser en faisant plaisir à sa swappée.

 

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Les dates :

-Inscriptions jusqu'au 28 février

-Envoi des questionnaires le 5 mars

-Retour des questionnaires le 12 mars

-Redistribution le 14 mars

-Envoi des colis du 1er au 17 avril

-Publication des billets le 30 avril

20 places sont disponibles 

Nous acceptons pour ce swap toutes personnes ayant un blog et nous accepterons en priorité les personnes que nous connaissons déjà (ou, si nous ne vous connaissons pas, merci de vous présenter en quelques mots et de rassurer les pauvres organisatrices angoissées que nous sommes). Et même s’ils participent peu aux swaps, gentlemen are very welcome as well !

Pour vous inscrire, merci d’envoyer un mail à cette adresse : theportraitofaladyswap@yahoo.fr

 

                                                                              


 “Les femmes ont pendant des siècles servi aux hommes de miroirs, elles possédaient le pouvoir magique et délicieux de réfléchir une image de l'homme deux fois plus grande que nature.” Virginia Woolf

Venez vous aussi regarder dans le miroir que nous tendent les femmes écrivains et les héroïnes, welcome to our swap !

 

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Manhattan nocturne de Colin Harrison

Porter Wren est journaliste à New York spécialisé dans les faits divers. Ses chroniques décrivent les vies des victimes tuées dans les rues de la Grosse Pomme. Porter est confronté à la noirceur de l'homme, mais en dehors des scènes de crime, sa vie est plutôt paisible. Il vit dans une maison ancienne avec sa femme Lisa, chirurgienne de la main, et leurs deux enfants. Malheureusement, Porter fait la connaissance, lors d'une réception, de Caroline Crowley. Celle-ci se dirige vers lui pour lui parler de la mort de son mari Simon. Ce dernier était un jeune cinéaste et il fut retrouvé dans un immeuble quelques mois plus tôt. Porter se laisse totalement séduire par l'envoûtante Caroline. “J'étudiais attentivement son visage, le front lisse - plus jeune que celui de ma femme - les sourcils, les grands yeux bleus - pétillants, amusés -, les pommettes hautes, le nez légèrement accusé, la bouche à la moue suggestive, puis de nouveau les yeux. Si bleus qu'on pouvait s'y perdre. (…) Elle inspira légèrement, se figea, me regarda. Elle venait de ce lieu où je désirais aller ; elle savait pourquoi les gens s'y rendaient, elle était en mesure de me révéler mon moi véritable, mon trouble l'amusait, elle s'attendait à ce que je succombe à ses charmes, et cependant elle ne voulait pas me jauger à cette aune, car c'était dans l'ordre naturel des choses. Porter se trouve alors mêlé à une histoire complexe dont les différentes strates se révèlent au fur et à mesure de ses découvertes.

“Manhattan nocturne” est un roman noir, très noir, à l'instar des nuits new-yorkaises. Colin Harrison réussit à créer une atmosphère pesante, sans espoir. Porter Wren connaît la misère, la violence des nuits ; il côtoie pour ses chroniques le meurtre,  la trahison, les accidents, les vies qui se terminent douloureusement. L'ambiance est d'autant plus sombre que Porter nous raconte son histoire a posteriori. Plane sur son récit l'annonce de ses futures péripéties, des futures catastrophes qui vont lui tomber dessus. “Comment débutent tous les récits malheureux ? Quand on ne s'y attend pas, qu'on regarde ailleurs, qu'on pense à d'autres problèmes, aux problèmes ordinaires. A l'époque - cela remonte à janvier dernier - la ville reposait sous des amoncellements de neige sale, les camions-poubelles passaient en gémissant dans les rues boueuses, des gens achetaient des billets d'avion pour Porto-Rico, les Bermudes, n'importe où loin de ce froid qui les gelait jusqu'aux os, loin de la vie trépidante de Manhattan.

La construction du roman est extrêmement travaillée. Au fur et à mesure de son enquête sur la mort de Simon Crowley, Porter Wren rencontre d'autres problèmes notamment liés aux cassettes vidéos réalisées par la victime. Simon filmait les gens à leur insu, prenait sur le vif la vie des personnes qui croisaient sa route. Porter regarde ces cassettes et en trouve une sur le meurtre non élucidé d'un policier ; une autre concerne un magnat de la presse, M. Hobbs. Ces différentes affaires s'emboîtent comme des poupées gigognes sans que les lecteurs ne soient perdus. Colin Harrison prend son temps pour construire ses intrigues, pour décrire minutieusement tous les personnages.

New York a une place prédominante dans ce polar, il ne s'agit pas seulement d'un décor de fond. La ville est un personnage à part entière dans l'intrigue. Colin Harrison rend parfaitement l'atmosphère de cette ville en plein hiver : “Le taxi descendit l'avenue sous les lumières mouchetées de neige ; de rares silhouettes avançaient courbées sur les trottoirs entièrement blancs ; la ville avait quelque chose d'onirique, comme si l'aube n'allait jamais venir.” L'écriture de Colin Harrison est belle, très précise dans ses descriptions et d'une grande fluidité.

Je ne connaissais pas cet auteur avant ma lecture de “Manhattan nocturne” et je remercie Amanda pour cette découverte. Je reste imprégnée de l'atmosphère sombre de New York et de la force d'évocation de l'écriture de Colin Harrison. Un auteur que j'aimerais lire de nouveau.


Challenge Virginia Woolf

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Dans le cadre du Challenge Virginia Woolf lancé par Lou, nous vous proposons la lecture commune de “Orlando” pour le 1er avril. Si vous voulez vous inscrire à ce challenge et/ou à cette lecture commune, c'est ici. Pour le moment, nous suivent dans cette lecture commune :

-Lilly

-DeL

-Neph

-Maggie

-Mea

Je vous propose également un livre voyageur, il s'agit de “La 3ème Miss Symons” de Flora Mayor qui est actuellement chez Keisha. Si vous êtes intéressés, vous pouvez me l'indiquer dans les commentaires.




Emma de Jane Austen

Emma Woodhouse est une jeune femme de 21 ans, orpheline de mère et vivant avec son père dans le village de Highbury. Leur domaine de Hartfield est le lieu le plus élevé socialement. Emma est gâtée par la vie et n'a connu que peu de contrariété puisque sa mère est morte lorsqu'elle était bébé. Elle est très entourée par sa famille et ses amis et ses journées sont remplies de mondanités et de bavardages. Son occupation favorite est de jouer les entremetteuses pour ses proches. C'est dans ce but qu'elle prend sous son aile Harriet Smith dont les origines  sont inconnues mais qu'Emma s'entête à penser nobles. “Emma allait la prendre en main, l'améliorerait, la détacherait de ses relations pernicieuses et l'introduirait dans la bonne société. Elle la guiderait dans ses goûts et dans ses façons. C'était là une entreprise prometteuse et certainement charitable, parfaitement adaptée à la situation d'Emma, à ses disponibilités et à ses capacités.” Emma oblige Harriet à refuser la demande en mariage de Robert Martin, un fermier prospère et fort épris. Malgré les avertissements de Mr Knighley, grand ami des Woodhouse, Emma n'en fait qu'à sa tête et veut marier Harriet au vicaire Mr Elton. Mais Emma est une bien jeune femme qui ne connaît que peu de choses au sentiment amoureux. Elle apprendra à ses dépens que son jugement en la matière est des plus déplorable. 

“Emma” est le cinquième roman écrit par Jane Austen  et ce près de vingt ans après “Orgueil et préjugé” et “Raison et sentiments”. C'est avant tout un roman d'apprentissage, Emma est au début très satisfaite de sa personne et de son sens de l'observation. En réalité, son imagination la rend parfaitement aveugle. Emma interprète les faits et gestes de son entourage à l'aune de ses rêveries. Mr Elton semble rechercher la compagnie de Harriet, il s'inquiète de sa santé mais tout cela n'a qu'un seul but  : se rapprocher d'Emma. Lorsque Mr Elton lui fait sa demande en mariage, Emma tombe de haut. Mais ce cuisant échec ne stoppe aucunement notre marieuse ! Elle change son fusil d'épaule et tente un rapprochement entre Harriet et Frank Churchill, fils du mari de la nourrice d'Emma. Comme Mr Elton, Frank Churchill n'est en rien intéressé par Harriet puisqu'il est déjà fiancé ! Emma est systématiquement à côté de la plaque pour les autres et pour elle-même. Elle ne devine pas les intentions de Mr Knighley et ce n'est qu'à la toute fin qu'elle réalise son amour pour lui.

Jane Austen en écrivant ce roman voulait décrire un personnage central qu'elle seule pouvait aimer. Emma pourrait agacer le lecteur par son aveuglement, son obstination à faire le bonheur des autres contre leur gré. Mais Jane Austen traite son enfant gâtée avec beaucoup d'humour et d'ironie. Mr Knighley se charge régulièrement de la remettre à sa place. Au final, Emma est un personnage  que je trouve très attachant et on ne saurait lui tenir rigueur de ses erreurs faites dans un élan de jeunesse et d'excès de confiance.  La hiérarchie sociale dans “Emma” est très importante et respectée à la lettre. Les unions doivent s'envisager entre des niveaux sociaux équivalents. On est loin de “Orgueil et préjugé”  où Mr Darcy pouvait épouser Elizabeth Bennet qui lui était inférieure socialement. Ici on ne se mélange pas ! Emma est d'ailleurs très à cheval sur cette question. On s'en aperçoit à deux reprises. Lorsque Mr Elton déclare sa flamme à Emma, celle-ci est choquée qu'il puisse imaginer une union avec une famille si élevée. “En revanche, il ne pouvait ignorer qu'elle lui était infiniment supérieure financièrement et socialement. Il ne pouvait ignorer que les Woodhouse étaient établis à Hartfield depuis plusieurs générations, qu'ils étaient la branche cadette d'une très longue lignée, et que les Elton n'étaient rien du tout.” De même lorsque Harriet avoue à Emma qu'elle est amoureuse de Mr Knighley, notre héroïne est outrée qu'Harriet ne se rende pas compte de son infériorité. Mr Knighley et Harriet Smith ! Quelle promotion pour celle-ci ! Quel avilissement pour lui ! Emma imaginait avec horreur la dégradation que cela représenterait pour lui, les sourires railleurs et les quolibets. Il serait livré en pâture à la dérision générale.” Foin d'amitié, Harriet redevient une jeune femme sans biens et sans origine lorsqu'elle espère s'élever socialement. Emma est d'autant plus en colère que c'est elle qui a introduit Harriet dans la haute société. Jane Austen nous montre là la cruauté de la petite société de province, chacun s'accroche à son milieu et en défend les privilèges en ne se mélangeant pas. L'auteur décrit l'étroitesse d'esprit de ce microcosme et d'Emma en particulier. Mr Knighley lui apprendra certainement à ouvrir les yeux, lui qui sait apprécier les qualités humaines de Robert Martin, simple fermier. 

“Emma” est un roman extrêmement bavard, toute l'intrigue, que certains qualifieraient de mince, tient dans les dialogues. Il y a peu de descriptions dans “Emma” contrairement aux premiers romans de Jane Austen. Et cette manière d'écrire colle parfaitement au personnage central qui trouve que : “Bavarder était chose plus facile qu'étudier.” Emma peut se moquer de Miss Bates, véritable moulin à paroles, mais elle n'est guère mieux ! J'ai trouvé que la forte présence des dialogues rendait ce roman très vivant, très animé. 

J'ai beaucoup apprécié la relecture d'”Emma” dont tous les personnages (à part l'arrogante Mrs Elton) sont touchants. Jane Austen me séduit encore une fois pour son ironie mordante, Emma n'échappe pas au ridicule où  l'a conduit son manque de jugement. Le tableau  de la société de province est encore une fois sans concession, enfermée dans les carcans du rang social. Un moment de lecture délicieux, à l'image de l'héroïne de Jane Austen.

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Banlieue sud-est de René Fallet

Ils ont entre dix-sept et vingt ans et comptent bien profiter de leur jeunesse. Nous sommes en 1944, à Villeneuve-Saint-Georges, dans la banlieue ouvrière de Paris. Bernard, Claude, Cous, Alix, Pépito, Jo, Pépée, Noëlle, Roger, Cricri, Zézette et les autres se préoccupent plus de sexe et de jazz que de la guerre. Les petites combines qui aident à améliorer l’ordinaire, les virées entre potes, les coups à boire la relèguent à l’arrière-plan, comme un élément de décor, malgré les privations, la peur du STO, l’occupation. Il faut vivre avant tout, si possible intensément : « Il est préférable de mourir à cinquante ans en ayant usé, abusé de l’existence sous toutes ses coutures, à l’envers, à l’endroit, couché, n’importe comment, pourvu qu’elle ait servi à quelque chose, que de la terminer à quatre-vingts ans sans un souvenir qui en vaille la peine, après avoir besogné comme un con pour des prunes, fait trente-six gosses à une rémouleuse de lentilles et avoir décroché des certificats de bonne conduite, de bonne tenue, de bon travail, à en fournir ses cabinets de papier hygiénique pour l’éternité… » 

René Fallet avait vingt ans lui-même lorsqu’il écrivit son premier roman en 1946. On y trouve déjà la gouaille poétique, cet esprit libertaire, tendance partisan-du-moindre-effort plutôt qu’activiste, qui font le sel de ses livres les plus connus comme « Le Beaujolais nouveau est arrivé », « Le braconnier de Dieu » ou « Les vieux de la vieille ». Ses personnages y sont animés d’un anarchisme viscéral, irréfléchi, non pas théorisé mais simplement vécu au quotidien et allant de soi, parce qu’inhérent à la nature humaine pour peu qu’on y regarde d’un peu plus près.

Avec « Banlieue sud-est », René Fallet avait l’ambition de faire le portrait de la « jeunesse 1944 », cette jeunesse qui entend jouir de ses meilleures années et pour cela rejette les valeurs de ses aînés qu’elle juge responsables d’une situation qu’elle n’a pas choisie. Le travail, l’autorité, le sens du sacrifice, très peu pour ces jeunes. Ni collabos ni résistants, simplement attentistes (comme l’immense majorité de la population française), ils portent avec eux l’insouciance, la débrouille, l’entraide, l’amitié et l’amour pour tout bagage moral. Pourtant, il arrive que les évènements entraînent dans leur tourbillon même ceux qui s'en tiennent à l'écart…

Ainsi le livre se fait plus grave au fil des pages, introduisant des éléments dramatiques qu’on a peu l’habitude de rencontrer dans l’œuvre de René Fallet, même si on perçoit toujours sous la joie de vivre de ses romans un fond de désespoir lié à la conscience qu’on ne laissera jamais vivre en paix les réfractaires, les insoumis, les anticonformistes, même pacifiques. « Les braves gens n’aiment pas que / l’on suive une autre route qu’eux », comme dit la chanson. Il n’en reste pas moins que cet ami de Georges Brassens, de Jean Carmet et de Pierre Brasseur, cet autodidacte dévoreur de livres, chérissait plus que tout la poésie et la liberté. « Oublier la liberté… La bafouer, passe encore, c’est un acte conscient, mais l’oublier, quelle tristesse… ». Un livre à lire et à méditer.

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